Être un parent hypersensible face à la souffrance de son enfant hypersensible

Je suis une mère hypersensible.
Et je suis également la mère de trois enfants hypersensibles, aujourd'hui adultes.
Pendant longtemps, j'aurais pu penser que cette proximité de fonctionnement me permettrait naturellement de mieux les comprendre.
Après tout, je connaissais l'intensité des émotions, la saturation, le besoin de calme, la difficulté à recevoir trop de stimulations en même temps.
Mais avec le temps, j'ai compris quelque chose de beaucoup plus inconfortable.
Comprendre la sensibilité de son enfant ne signifie pas toujours être capable de l'accueillir.
Parce que lorsque l'un de mes enfants débordait, il arrivait que je sois moi-même déjà saturée.
Lorsqu'il avait besoin d'être entendu, je n'avais parfois plus d'espace intérieur pour écouter.
Lorsqu'il traversait une émotion intense, cette émotion venait s'ajouter à toutes celles que j'essayais déjà de contenir.
Et il m'est arrivé de saturer.
Souvent ...
Aujourd'hui, mes enfants sont adultes.
Deux d'entre eux ont quitté le foyer et construit leur propre vie. Cette prise de distance leur a aussi permis de porter un autre regard sur leur enfance et de mettre des mots sur certaines difficultés vécues au sein de notre famille.
Leurs paroles ont progressivement ouvert en moi un espace de réflexion beaucoup plus large sur la mère que j'avais été.
Et certains de ces mots sont difficiles à entendre.
Parce qu'ils me parlent de moments où mes enfants auraient eu besoin d'une mère plus disponible, plus calme, plus capable d'accueillir leurs émotions.
Et parfois, ma première réaction intérieure est de vouloir expliquer.
Leur dire que j'étais épuisée.
Que je faisais de mon mieux.
Que je ne comprenais pas encore mon propre fonctionnement.
Que moi aussi, j'étais en difficulté ...
Toutes ces choses sont vraies.
Mais j'apprends progressivement qu'une vérité peut devenir une défense lorsqu'elle est utilisée pour empêcher l'autre de raconter la sienne.
Entendre sans immédiatement se justifier
Lorsque nos enfants nous parlent de ce qui les a blessés, nous pouvons entendre leurs mots comme un jugement sur l'ensemble de notre parentalité.
Les mots employés sonnent parfois comme absolus à nos oreilles.
Et une partie de nous peut immédiatement vouloir rétablir les faits.
Mais lorsque je réponds immédiatement ainsi, en me justifiant, je ne suis plus vraiment en train d'écouter ce que mon enfant essaie de me dire.
Je suis en train de défendre l'image que j'ai besoin de conserver de moi-même.
Entendre ne signifie pas nécessairement être d'accord avec chaque mot.
Cela peut simplement signifier accepter de chercher l'expérience qui se trouve derrière le reproche.
Reconnaître la souffrance de son enfant sans effacer sa propre réalité
Il existe pourtant un autre risque.
Celui de basculer entièrement dans la culpabilité.
De regarder le passé avec les connaissances que nous avons aujourd'hui et de nous juger pour ne pas avoir su faire ce que nous ne savions pas encore faire.
Aujourd'hui, je comprends beaucoup mieux ma saturation émotionnelle et sensorielle.
Je sais davantage reconnaître mes seuils.
Je comprends pourquoi certaines situations familiales me mettaient si rapidement en difficulté.
Mais la mère que j'étais à cette époque ne disposait pas de cette compréhension.
Reconnaître cela ne retire rien à la souffrance de mes enfants.
Et reconnaître leur souffrance ne m'oblige pas non plus à nier mes propres difficultés.
Ces deux réalités peuvent coexister.
Mes enfants auraient parfois eu besoin de davantage de disponibilité émotionnelle.
Et j'étais parfois réellement incapable de leur offrir cette disponibilité.
Non parce que leurs besoins étaient excessifs.
Non parce que mes limites étaient imaginaires.
Mais parce qu'à cet instant précis, nos besoins se rencontraient dans un espace où il n'y avait plus suffisamment de ressources.
Quand la sensibilité de l'enfant rencontre la saturation du parent hypersensible
Un enfant hypersensible peut avoir besoin de beaucoup d'accompagnement pour traverser certaines émotions.
Mais un parent hypersensible peut lui-même être profondément affecté par les pleurs, les cris, les conflits ou l'intensité émotionnelle de son enfant.
C'est une réalité dont on parle peut-être encore trop peu.
Nous pouvons aimer profondément notre enfant et ressentir pourtant que son émotion nous envahit.
Nous pouvons comprendre sa détresse et avoir simultanément envie de fuir.
Nous pouvons vouloir l'écouter et sentir notre corps se tendre à chaque mot supplémentaire.
Dans ces moments, la honte peut être immense.
« Une mère devrait être capable d'accueillir son enfant. »
Alors on reste.
On essaie.
On dépasse sa limite.
Jusqu'au moment où notre propre saturation prend toute la place.
La voix monte.
L'irritabilité apparaît.
Ou nous nous fermons complètement.
Et l'enfant qui avait besoin d'être accompagné se retrouve face à un parent qui n'est plus disponible.
Aurais-je dû faire autrement ?
Oui.
Sur certains points, aujourd'hui, je ferais autrement.
Je crois qu'il est important que je puisse le reconnaître.
Pas pour condamner la mère que j'ai été.
Mais parce que l'amour que je porte à mes enfants mérite aussi que je sois capable de regarder avec lucidité les moments où mes réactions ont pu les blesser.
J'aurais aimé comprendre plus tôt que je n'avais pas besoin d'attendre l'explosion pour reconnaître ma saturation.
J'aurais aimé savoir dire :
« Je vois que tu ne vas pas bien. Je veux t'écouter. Mais là, je suis trop saturée pour le faire correctement. J'ai besoin de retrouver un peu de calme et je reviendrai vers toi. »
Soutenir son enfant sans se trahir
Aujourd'hui, je ne crois plus qu'accompagner un enfant signifie être disponible sans limite.
Un parent reste un être humain.
Il possède son histoire, son fonctionnement, ses fragilités et ses propres seuils.
Mais je crois que nous pouvons apprendre à mieux distinguer deux choses : reconnaître notre limite et abandonner l'enfant seul avec ce qu'il vit.
Dire « je ne peux pas maintenant » peut être nécessaire.
La question devient alors : comment maintenir le lien malgré cette limite ?
Peut-être en nommant ce qui se passe.
En donnant un repère.
En revenant lorsque nous l'avons promis.
En reconnaissant après coup que notre saturation a pu être difficile à vivre pour l'enfant.
Et parfois, simplement, en acceptant de dire :
« À ce moment-là, je n'ai pas réussi à être là comme tu en avais besoin. Je comprends que cela t'ait fait souffrir. »
Sans ajouter immédiatement :
« Mais moi aussi… »
Le « mais » pourra peut-être être entendu un autre jour.
Parfois, notre enfant devenu adolescent ou adulte a d'abord besoin de savoir que son expérience peut exister dans notre regard sans être immédiatement corrigée.
Nous ne pouvons pas réécrire l'enfance de nos enfants
C'est probablement la partie la plus douloureuse.
Lorsque nous comprenons certaines choses tardivement, nous pouvons être tentés de vouloir réparer le passé.
Mais nous ne pouvons pas revenir dans une chambre, quinze ou vingt ans plus tôt, et répondre autrement.
Nous ne pouvons pas devenir rétroactivement le parent dont notre enfant aurait eu besoin à chaque instant.
En revanche, nous pouvons choisir la manière dont nous accueillons aujourd'hui ce qu'il nous raconte.
Nous pouvons écouter.
Reconnaître.
Présenter des excuses lorsqu'elles sont justes.
Et continuer à mieux comprendre notre propre fonctionnement pour ne pas demander constamment aux autres de porter nos saturations à notre place.
Je suis encore en chemin avec tout cela.
Je ne possède pas une méthode parfaite pour être une mère hypersensible auprès d'enfants hypersensibles.
J'apprends surtout qu'aimer profondément ses enfants ne nous empêche pas de les avoir parfois blessés.
Et que reconnaître leurs blessures ne retire rien à l'amour que nous leur avons porté.
Peut-être que grandir comme parent, c'est aussi cela.
Accepter que nos enfants puissent nous raconter une histoire dans laquelle nous n'avons pas toujours été celle que nous aurions voulu être.
Et rester suffisamment présent pour les écouter.
De tout cœur,
Brünnhilde
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